Comment les meilleurs parcours de mountain bike cross-country du monde sont-ils tracés ?

avr. 27, 2020, 13:58

Dessiner un parcours intéressant et moderne pour des épreuves de mountain bike cross-country sollicite de nombreux talents qu'il faut accorder avec un certain nombre de considérations. Pour en savoir plus, nous avons discuté avec le Sud-Africain Nick Floros, dont l'impressionnant CV comprend les parcours de cross-country olympique (XCO) des JO de Rio 2016 et Tokyo 2020. Il a aussi conçu des sites de XCO et de cross-country Marathon (XCM) de haut niveau pour des événements internationaux organisés dans son pays, notamment à Pietermaritzburg pour les Championnats du Monde Mountain Bike UCI 2013 de XCO, des manches de la Coupe du Monde Mountain Bike UCI (en 2009, 2011, 2012 et 2014) et les Championnats du Monde Mountain Bike Marathon UCI 2014.

 

« Il y a beaucoup d'aspects à prendre en considération au moment de s'engager dans un nouveau projet, explique Floros, mais si je devais en choisir trois... D'abord, le tracé doit être pertinent pour la discipline et sa situation, et certains aspects du tracé doivent repousser les limites de la spécialité. Ensuite, le parcours doit participer à la promotion du sport et le rendre intéressant et excitant pour le spectateur. La sécurité des coureurs est un autre grand enjeu. On doit leur présenter un parcours sûr même si l’on joue avec les limites de la discipline. »

 

Nick Floros a pu voir les parcours et leur design évoluer cette dernière décennie. « De 2009 à 2014, les parcours de XCO sont devenus beaucoup plus techniques. A mon sens, les parcours étaient en avance sur l'industrie du vélo, au point qu’on ne pouvait plus rendre les parcours plus techniques, explique-t-il. A cette période, le monde du mountain bike s'est éloigné des roues de 26’’ avec une fourche à 80 mm de débattement, et il y a eu ensuite un grand débat sur les roues de 27,5 et 29’’. En 2015 et 2016, beaucoup de professionnels ont commencé à utiliser des 29’’ tout suspendus avec tige télescopique pour les courses de XCO. Le matériel de la spécialité avait finalement progressé pour nous permettre de continuer à faire évoluer les parcours. Ces dix dernières années ont été marquées par cette relation entre les limites des parcours et les possibilités du matériel des coureurs. Dès que les fabricants ont pu produire de meilleurs vélos, on a pu dessiner des parcours de XCO qui poussaient ces vélos dans leurs retranchements. »

 

Ces dernières années, l'UCI a réduit le temps des courses Elite de 1 h 30 à 1 h 20. Les parcours sont donc devenus plus courts... « Plus près de 4 km de distance, confirme Floros. Si je regarde les parcours que je dessinais et construisais il y a dix ans, je trouvais ces parcours compacts. Mais avec les standards d'aujourd'hui, je pourrais faire trois parcours sur la même surface ! »

 

En plus de la technologie et des règlements, il observe également l'influence des autres disciplines du mountain bike. « A Nové Město na Moravě (République tchèque), ils ont même inclus une portion de pump track ! De manière générale, les descentes et les passages dans la caillasse sont plus exigeants, et ça, ça vient de la descente et de l'enduro. »

 

Floros, dont les lieux préférés pour rouler sont la vallée Dusi dans le KwaZulu-Natal (Afrique du Sud) et les chemins de chèvres du sud-est du Lesotho, penche pour des pistes sur des terrains naturels. « Si j'ai le choix entre des pistes naturelles ou des pistes de parc, je choisis la nature sans y réfléchir à deux fois. Les sensations sont pures, et tu continues de penser. Bien sûr, en tant que dessinateur de parcours, on n'a habituellement pas le choix du lieu où un organisateur veut tenir son événement, explique-t-il. On était face à une feuille blanche pour des sites comme ceux de Cascades (à Pietermaritzburg) et des Jeux Olympiques de Rio 2016. Ces deux sites avaient peu de caractéristiques naturelles, donc il fallait impérativement apporter des éléments créés par l'homme. Sinon le parcours aurait été beaucoup moins technique et relativement ennuyeux pour les spectateurs. »

 

Un héritage durable

 

Le Cascades MTB Park a été très bien accueilli, comme on a pu le voir lors de la réunion des Managers d’équipes – une séance de briefing importante organisée par l’UCI, où tous les aspects de la compétition sont passés en revue – lors de la Coupe du Monde UCI 2011 de XCO.

 

Nick Floros avait été présenté à cette occasion comme le concepteur du parcours. « Tous les Managers d’équipes se sont levés pour m'applaudir. C'était un incroyable moment d'humilité et de fierté à la fois. »

 

Ce site a également influencé la pratique du mountain bike en Afrique du Sud, et au-delà.

« La communauté sud-africaine du mountain bike a soutenu la Coupe du Monde Mountain Bike UCI de XCO, et l'événement a suscité beaucoup d'enthousiasme. Les Championnats du Monde Mountain Bike Masters UCI organisés au parc de Pietermaritzburg ont motivé beaucoup de monde à remonter sur le vélo. Mais ce qui a eu le plus grand impact, à mon avis, c'est que la Coupe du Monde UCI de Pietermaritzburg a permis aux athlètes sud-africains de participer à un événement international chez eux. Ils ont pu courir contre quelques-uns des meilleurs athlètes au monde sans avoir à assumer l'investissement d'un voyage en Europe. Et ça a motivé les jeunes coureurs qui ne pouvaient pas encore participer mais qui ont assisté à l'événement. Certains sont partis à l'étranger pour faire carrière.

 

« Le Cascades MTB Park est un héritage couronné de succès. Les locaux peuvent rouler gratuitement sur différentes pistes de la Coupe du Monde UCI. Cela n'aurait pas été possible si des manches de Coupe du Monde UCI n'avaient pas été organisées à Pietermaritzburg. »

 

Pressions, réactions… et météo !

 

Les responsables des parcours font face à toutes sortes de pressions, mais certaines pèsent plus que les autres aux yeux de Floros.

 

« Ha ha ha ! Par où est-ce que je commence ? Ça change évidemment à chaque projet. Mais les trois qui me sautent à l'esprit sont la communication, la compréhension de comment les différentes cultures fonctionnent et la réduction de l'impact environnemental. Si on échoue sur un de ces points, le projet peut être enterré. »

 

Les réactions et critiques constructives peuvent venir de tous les horizons, mais ce sont les coureurs et Managers d’équipes qui peuvent se montrer les plus utiles.

 

« C'est vers eux que je me tourne en premier pour avoir un retour sur le parcours, confie Floros, particulièrement admiratif du parcours de Mont-Sainte-Anne au Canada. Je suis toujours content d'écouter leurs commentaires s’ils peuvent justifier leur point de vue. Par exemple, si un coureur me dit que les montées sont trop pentues, mais que lui-même n'est pas le meilleur grimpeur... je vais prendre cette opinion avec un peu de recul. Les coureurs de tous les niveaux peuvent apprécier la difficulté des montées et des passages techniques, mais seuls les coureurs Elite peuvent vraiment évaluer le rythme d'un parcours. C'est principalement dû à la vitesse et à l'élan qu'ils conservent. »

 

Les conditions météo sont toujours à prendre en considération. « Aucun organisateur ne veut annuler son événement à cause d'une mauvaise météo. Mais rendre un parcours de XCO praticable quelles que soient les conditions climatiques coûte très cher et peut donner l'impression qu'il est complètement artificiel. Mais aller dans ce sens est obligatoire sur tous nos parcours de haut niveau. Avec de grandes audiences TV, il est impératif que le design du parcours offre les meilleures chances pour que l'événement ait lieu. »

 

Différents formats, différents enjeux

 

Les étapes pour mettre en place des parcours de XCM, plus longs, sont assez différentes.

« Pour un parcours de XCO, on réfléchit à chaque mètre. Avant que la moindre bêche ou machine ne pénètre le sol, le parcours est complètement dessiné, explique Floros. A l'inverse, un parcours de XCM est dessiné sur une carte. Il n'y a pas besoin de dessins détaillés et il y a plus de flexibilité pour aller chercher des difficultés naturelles et jouer avec les montées et descentes. Un des plus grands enjeux du tracé d'un parcours de XCM est de trouver l'emplacement pour des zones techniques et de ravitaillement accessibles aux équipes d'encadrement. »

 

Nick Floros est également un grand amateur de cross-country Eliminator (XCE). « J'aurais disputé cette discipline si j'avais pu quand je courais. Le XCE est rapide et excitant. J'ai eu l'occasion de dessiner plusieurs parcours. Le plus gros défi est de créer suffisamment d'opportunités de dépassement. Du point de vue des Règlements UCI, il y a autant de liberté qu'en XCO. Il faut faire un peu plus attention à la sécurité : virages serrés, marches, rampes et poteaux doivent être identifiés et traités de manière appropriée. »

 

Qu'est-ce que la montée en puissance de l'E-mountain bike cross-country va changer ?

« Comme je l'ai dit plus tôt, plus les vélos peuvent faire de choses et plus le design des parcours évolue pour s'adapter aux machines. Les vélos à assistance électrique sont assez récents en course, et j'ai l'impression qu'ils cherchent encore comment les intégrer exactement. Les coureurs préféreront-ils les courses longues comme celles du XCM ou plutôt des événements de type enduro-cross ? Seul le temps le dira. Si je devais dessiner un parcours pour E-mountain bike, les montées seraient plus pentues et techniques et les descentes rapides et amusantes. »

 

Comment se lancer dans la carrière de concepteur de parcours ?

 

Pour Floros, tout a commencé quand il était adolescent et roulait à moto avec ses amis. « On avait l'habitude de faire des parcours dans la forêt du coin. Une fois par an, on aidait à marquer le parcours d'une course, se souvient-il. Rouler à moto est devenu trop cher, alors je suis passé au mountain bike. Je me suis retrouvé à aider un ami pour une course par étape de trois jours. C'est là que j'ai vraiment commencé à tracer des parcours et à organiser des événements de mountain bike. »

 

Et quels conseils donneriez-vous à quelqu'un qui veut suivre vos traces ?

« Si vous voulez faire une carrière professionnelle, suivez une formation dans le génie civil. Ne choisissez cette carrière que si vous aimez être sur un vélo de mountain bike et en extérieur. Il y aura des moments où il fait froid et humide, d'autres chaud et sec, et il n'y a pas d'autre choix que de continuer à travailler. Apprenez à encaisser les coups, ne brûlez aucun pont et poursuivez vos rêves ! »