De LeMond à Bernal, la conquête du Tour par les non-Européens

juin 26, 2020, 13:27

Il a fallu attendre la 5e étape du Tour de France 1981 et l'arrivée à Saint-Lary-Soulan, dans les Pyrénées, pour voir un coureur non-européen s’emparer du maillot jaune. A 23 ans, l'Australien Phil Anderson (né à Londres) écrivait une page d'histoire après une ascension conquérante dans le Pla d'Adet, troisième de l'étape dans le temps de la légende Bernard Hinault et à 27 secondes du vainqueur Lucien Van Impe. Il devenait alors leader du classement général de la course, avant de perdre le maillot jaune le lendemain. L'année suivante, Anderson remportait la 2e étape au bout des 250 km vers Nancy et s'offrait neuf journées en jaune avant de finir le Tour sixième et meilleur jeune. Il venait de tracer un nouveau chemin.

 

Pendant près de 80 ans, le Tour de France était resté le terrain de jeu réservé des coureurs européens, depuis la première édition remportée par Maurice Garin (né en Italie, naturalisé Français), rapidement suivie en 1909 par la première victoire d'un « étranger », le Luxembourgeois François Faber (né en France). Dans les années 1980, le Tour est devenu de plus en plus international, et le mouvement s'est poursuivi jusqu'à la victoire du Colombien Egan Bernal en 2019.

 

Greg LeMond, premier vainqueur non-Européen du Tour de France

 

Deux ans après l'épopée en jaune d'Anderson, un jeune homme de 23 ans né à Lakewood, en Californie, est devenu le premier non-Européen à se faire une place sur le podium final de la Grande Boucle. L’Américain Greg LeMond prenait la troisième place, à 1'14" de Bernard Hinault, et à 11'46" de son leader Laurent Fignon, qui avait écrasé l'épreuve avec cinq victoires d'étape pour un deuxième triomphe consécutif au général.

 

 

LeMond s'est rapproché en 1985, deuxième derrière son nouvel équipier Hinault. Deux autres non-Européens se sont illustrés cette année-là : les grimpeurs colombiens Fabio Parra (une victoire d'étape) et Luis Herrera (deux étapes). L'évolution de LeMond s'est concrétisée par son triomphe en 1986, devant Hinault, qui lui rendait la faveur de l'édition précédente en aidant son jeune équipier. L'Américain a signé deux succès supplémentaires, en 1989 avec une avance de huit secondes seulement et en 1990.

 

Cadel Evans, le premier triomphe océanien

 

Le Tour de France 2011 a offert une bataille d'une rare intensité pour la victoire finale, et ce dès la première étape entre le Passage du Gois et le Mont des Alouettes, aux Herbiers. Le Belge Philippe Gilbert s'est offert le premier maillot jaune. Deuxième, Cadel Evans prenait déjà position face à ses rivaux pour le classement général.

 

Le leader du BMC Racing Team était encore plus à son aise lors de la 4e étape, remportée à Mûr-de-Bretagne. Les frères Schleck (Luxembourg) ont lancé les grandes opérations dans les Alpes, avec une victoire d'Andy devant son frère Fränk au Galibier, avant de prendre les deux premières places du classement général le lendemain pendant que Pierre Rolland s'imposait à l'Alpe d'Huez. A seulement deux jours de l'arrivée à Paris, seul le contre-la-montre de 42,5 km autour de Grenoble pouvait renverser la situation...

 

 

Cadel Evans a fini à seulement six secondes du spécialiste allemand Tony Martin. Repoussé à 2'31", Andy Schleck cédait le maillot jaune qu'il venait de prendre dans les montagnes. Et Evans devenait le premier vainqueur du Tour de France originaire d'Océanie, après avoir fini deuxième en 2007 (derrière l’Espagnol Alberto Contador) et 2008 (victoire de l’Espagnol Carlos Sastre).

 

Egan Bernal, la merveille venue concrétiser les espoirs sud-américains

 

Le premier vainqueur sud-américain du Tour de France est aussi le dernier coureur à avoir inscrit son nom au palmarès de juillet : le grimpeur Egan Bernal, né à Bogota, en Colombie, en 1997. Sa précocité en fait également le troisième plus jeune vainqueur de l'histoire de l'épreuve. Cent douze ans après Lucien Petit-Breton, qui a vécu en Argentine de 6 à 20 ans, Bernal a lancé son assaut sur le maillot jaune en reprenant 32" au vainqueur sortant Geraint Thomas (les deux hommes étaient équipiers au sein du Team Ineos) lors de la 18e étape, remportée par son compatriote Nairo Quintana.

 

 

Il a pris la tête du classement général le lendemain, lorsque la course a été interrompue par le jury en raison des conditions routières dangereuses. Les temps au sommet du Col de l'Iseran avaient été retenus pour établir le général. Il prenait un maillot jaune qu’il n’allait plus quitter.

 

En attendant le premier vainqueur asiatique

 

Le Tour de France attend toujours son premier vainqueur asiatique. Une victoire d'un coureur venu du plus grand continent sur la plus grande épreuve cycliste par étapes concrétiserait une longue relation, depuis que le pionnier japonais Kisso Kawamuro a participé aux éditions 1926 et 1927 dans la catégorie touriste-routier (sans équipe, deux abandons).

 

Un coureur né sur le sol africain a déjà remporté le Tour : Chris Froome, vainqueur en 2013 (et à nouveau en 2015, 2016 et 2017). Né à Nairobi, il a abandonné sa licence kényane pour courir sous les couleurs britanniques en 2008. Un siècle plus tôt, Raphaël Galiero, Emile Godard et Frédéric Vaillant étaient les premiers coureurs nés en Afrique à disputer le Tour, en 1910. Originaires d'Algérie, ils étaient cependant de nationalité française (l’Algérie étant alors rattachée à la France). C’est donc le Tunisien Ali Neffati qui est reconnu comme le premier coureur africain à avoir disputé le Tour de France, en 1913. L’ancien stagiaire du Centre Mondial du Cyclisme UCI Daniel Teklehaimanot (Erythrée) a fait les gros titres en 2015 lorsqu’il est devenu le premier coureur d’Afrique subsaharienne à porter le maillot à pois de meilleur grimpeur du Tour de France.

 

Après le Sud-Africain Louis Meintjes, 8e du classement général des éditions 2016 et 2017, qui sera le premier coureur africain détenteur d’une licence africaine à remporter le Tour de France ?