Succès et croissance du paracyclisme : gros plan sur le modèle britannique

mars 9, 2019, 08:56

Dans moins de deux semaines, les meilleurs paracyclistes du monde convergeront dans la ville néerlandaise à l’occasion des Championnats du Monde Paracyclisme Piste UCI 2019.

Des athlètes de plus de 30 pays sont s’affronteront aux Pays-Bas et tenteront de faire encore mieux que l’an passé, quand les Mondiaux UCI s’étaient déroulés à Rio, au Brésil.

La Grande-Bretagne s’était alors imposée dans le tableau des médailles avec un total de 18 : onze en or, quatre en argent et trois en bronze. Pour démarrer, le tandem féminin de l’équipe de Grande-Bretagne composé de Sophie Thornhill et Helen Scott avait établi deux des quatre records du mode battus à Rio, réalisant un temps de 1’05’’079 surle kilomètre contre la montre et de 10’’891 sur le 200 m. « C’était une formidable compétition, rappelle Jon Pett, le Manager du paracyclisme britannique. Nous avons d’être hâte aux Mondiaux 2019... »

A une année des Jeux Paralympiques de Tokyo 2020, les nations emmèneront de grosses délégations à Apeldoorn. Celle de la Grande-Bretagne inclura Dame Sarah Storey, aux côtés d’autres Champions du Monde UCI anciens ou actuels comme Kadeena Cox, Jody Cundy, Katie Toft, Megan Giglia et John-Allan Butterworth.

La Grande-Bretagne surfe sur la vague des succès après avoir dominé le Manchester Para-Cycling International en janvier. D’où la question : comment la Grande-Bretagne est-elle devenue si compétitive ? Il ne fait aucun doute que les fonds de la Loterie Nationale ont joué un rôle clé.

En 2019, British Para-cycling organisera six à huit événements, tous financés par la Loterie Nationale. Ces fonds servent aussi à des journées-tests au cours desquelles des handicapés physiques et visuels pourront s’essayer au paracyclisme. Au niveau de l’élite, 2018 a vu la création des réunions sur piste paracyclistes de British Cycling, sur les vélodromes de Derby et de Newport, qui offrent aux concurrents la possibilité de s’améliorer dans leur discipline.

En ce qui concerne le modèle économique, c’est clairement une question d’argent. Au cours des quatre années ayant précédé les Jeux d’Athènes en 2004, les paracyclistes ont reçu 516'000 £ (600'000 euros). A l’approche des Jeux de Tokyo, cette somme a été multipliée par plus de quinze pour dépasser les huit millions (près de 8,1 millions d’£, soit près de 9'500'000 euros). John Pett a avoué au journaliste Paddy Jack : « Les choses auraient été très très différentes sans tout cet argent. Nous n’aurions pas pu nous payer tous les équipements dont nous disposons. Les athlètes n’auraient pas pu se consacrer à leur sport à temps complet. Et nous en serions réduits à lutter au même niveau que les autres nations. »

L’argent est une chose, le faire fructifier au mieux en est une autre. Les paracyclistes britanniques peuvent être fier du rapport investissement/performance. En Grande-Bretagne, les cyclistes valides sont présentés comme des porte-drapeaux, mais leur rapport médaille/livre sterling n’est rien comparé à celui des paracyclistes. Depuis que la loterie a commencé à financer le sport en 1997, le cyclisme a reçu 92'450'816 £ (107'500 euros) et rapporté 46 médailles, soit environ deux millions de £ (2'320'000 euros) par médaille, tandis que le paracyclisme, avec 13'308'400 £ (15'466'388 euros) a ramené 125 médailles, ce qui représente environ 100'000 £ (116'220 euros) par médaille.

Tout n’est pas qu’une question d’argent, bien sûr. L’histoire des Britanniques en sport paralympique remonte à la moitié du XXe siècle. En 1944, le Dr Ludwig Guttman a ouvert un centre de blessures vertébrales à l’hôpital de Stoke Mandeville, à 40 km environ au nord-ouest de Londres. Il a utilisé le sport comme instrument de rééducation, rapidement devenu un loisir puis de la compétition.

Le 29 juillet 1948, le jour de la Cérémonie d’Ouverture des Jeux Olympiques de Londres, le Dr Guttman a organisé la première compétition d’athlètes en fauteuils roulants, qu’il a appelée les Stoke Mandeville Games. Les jeux rassemblaient 16 militaires, hommes et femmes, dans un tournoi de tir à l’arc. En 1952, d’anciens soldats hollandais ont rejoint le mouvement qui est devenu les Jeux Paralympiques, dont la première édition a eu lieu à Rome en 1960, avec la participation de 400 athlètes provenant de 23 pays.

Bien sûr, parmi les plus de 30 nations en lice à Apeldoorn, dont certaines bénéficient de programmes et financements similaires, la Grande-Bretagne n’aura pas la partie gagnée d’avance pour atteindre son objectif de 10 à 16 médailles (qui inclut la piste mais aussi les Championnats du Monde Route UCI organisés plus tard dans l’année à Emmen, aux Pays-Bas), mais son exemple montre qu’avec l’appui gouvernemental à ce sport en pleine expansion, le paracyclisme, tant en loisir qu’en compétition, ne peut que se renforcer.