Dame Sarah Storey : « Le retour à la normale peut prendre du temps »

juil. 30, 2020, 11:54

L'été 2020 aurait dû mener la multiple Championne du Monde UCI et Championne Paralympique sur piste et sur route Dame Sarah Storey vers de nouvelles conquêtes à Tokyo. Avec le report d'un an des Jeux Paralympiques et un calendrier chamboulé par la pandémie de Covid-19, les perspectives de la Britannique ont également changé. Elle nous parle de ses plans pour les mois à venir.

« Quand j'ai appris que les Jeux étaient reportés, j'étais heureuse que ce ne soit pas une annulation pure et simple, nous explique-t-elle. Les Jeux, ce sont énormément d'aspects différents, donc c'est quelque chose d'énorme à déplacer. Tout a été modifié assez rapidement, et maintenant il s'agit de patienter pour pouvoir à nouveau se déplacer et disputer des courses en toute sécurité. »

Lorsque l'épidémie s'est intensifiée, Dame Sarah Storey était au Canada pour disputer les Championnats du Monde Piste Paracyclisme UCI 2020, dont elle a remporté  la poursuite individuelle, le Scratch et l'Omnium, épreuve lors de laquelle elle a réalisée le meilleur temps du 200 m contre la montre.

« Le confinement à Wuhan a commencé juste avant les Mondiaux de paracyclisme sur piste, et on a observé un changement important dans le nettoyage de notre hôtel au Canada, se souvient-elle. Je pense que le monde a changé cette semaine-là, et les informations sur le virus ont circulé. J'ai suivi un stage d'entraînement normal à Lanzarote (dans les îles Canaries espagnoles) juste après les Mondiaux. L'Italie commençait à avoir un nombre important de cas, et c'est là que j'ai compris que le retour à la normale de l'an dernier pourrait prendre du temps. »

Dame Sarah Storey a puisé dans ses expériences personnelles pour s'adapter à la situation et ses contraintes.

« Mon époux [Barney Storey] est un ancien pilote de tandem, et sa vision des choses a été très précieuse. Il a fallu s'adapter aux changements de calendrier, mais puisque je cours surtout sur route, j'ai pu me tourner vers les courses en ligne pour combler le vide et faire de l'intensité.

« Au Royaume-Uni, au début du confinement, on avait seulement le droit de sortir de la maison une fois par jour pour faire du sport. Alors si je voulais faire deux sessions, il en fallait une sur home trainer. J'avais déjà l'habitude de m'entraîner à domicile, donc mon autorisation de sortie me permettait de sortir pour une balade avec les enfants. Je pense que ceux qui font de la route, comme moi, ont essuyé le moins de changements par rapport à leur entraînement, et on a eu la chance d'avoir du beau temps.

« C'est étrange de ne pas avoir de courses au programme, mais le fait de me concentrer sur différentes choses lorsque j'étais enceinte m'aide aujourd'hui aussi. »

Un avenir entre enthousiasme et incertitudes

« On a un nouveau plan pour les qualifications puisque les points des Championnats du Monde Route Paracyclisme UCI 2020 sont transférés sur deux épreuves de la Coupe du Monde Route Paracyclisme UCI en 2021. Je ne sais pas encore si j'ai besoin de courir pour obtenir plus de points, alors je prendrai ma décision en fonction des bénéfices de performance sur le long terme. Je garde l'esprit ouvert quant à 2021 et j'ai adapté mes stages d'entraînement parce qu'ils sont fondamentaux dans ma préparation en vue d'un événement majeur. J'ai toujours été une bête d'entraînement et ça aide beaucoup dans cette situation ! »

En tant que mentor et leader de Storey Racing

« Tous ceux avec qui je travaille ont réagi différemment, mais chez Storey Racing nous avons rapidement rassemblé l'équipe autour de nouveaux objectifs et nous nous sommes servis des plateformes de cyclisme virtuel pour continuer à travailler ensemble. Je pense qu'il est crucial de prendre soin de chacun. Certaines avaient besoin d'une coupure totale quand d'autres se sont épanouies... Tout le monde a développé de nouvelles capacités de résistance et ça leur sera certainement très utile lorsque les courses reprendront.

« C'est un privilège d'aider quelqu'un, et si ensuite cette personne a de meilleures capacités à régler ses problèmes et trouver des solutions pour surmonter les difficultés, alors c'est un honneur d'y avoir contribué. Certaines personnes ont simplement besoin de quelqu'un pour les écouter et sur qui s'appuyer, d'autres ont besoin qu'on leur donne un plan précis. J'ai fait les deux pendant la pandémie.

 « Il y a de toute façon beaucoup de proximité entre nous, et les coureuses se sont rapidement adaptées. Elles forment un groupe enthousiaste, qui s'entend bien, et elles sont également capables de se soutenir. Tout le monde a pu suivre les courses en ligne comme le Women's Tour, et on essaie désormais de trouver des moyens d'entretenir cette dynamique via les réseaux sociaux. »

 L’impact sur la communauté paracycliste et au-delà

« Certains athlètes ont dû reprendre le travail dans leur profession, qu'il s'agisse d'activités médicales, de service public, ou autre chose. Dans mon cas, j'ai travaillé à favoriser la marche et le cyclisme pour compenser une offre réduite de transports publics, en tant que Commissaire aux transports actifs pour la ville-région de Sheffield. Beaucoup de pays ont cherché à profiter des bienfaits universels de la marche et du cyclisme, c'est positif.

« Évidemment, certains athlètes ont été affectés par le besoin de réduire les frais de certaines équipes, et les athlètes handisport ont pu éprouver d'autres difficultés s'ils font également partie de populations vulnérables.

 « On a pu voir que les femmes passaient au second plan dans certains sports, et il serait bien que le retour du sport soit une opportunité de répondre aux inégalités qui existaient déjà avant la pandémie. »

 Comment les cyclistes peuvent-ils tirer profit des expériences de l'année 2020 pour suivre l'éthique de Storey Racing résumée par le hashtag #BestVersionOfYou.

 « Tout au long de la pandémie, il était fondamental de se concentrer sur ses propres performances et ce qui était sous notre contrôle. Ceux qui l'ont fait suivent déjà nos principes. »

 « Certains athlètes ont dû reprendre le travail dans leur profession, qu'il s'agisse d'activités médicales, de service public, ou autre chose. Dans mon cas, j'ai travaillé à favoriser la marche et le cyclisme pour compenser une offre réduite de transports publics, en tant que Commissaire aux transports actifs pour la ville-région de Sheffield. Beaucoup de pays ont cherché à profiter des bienfaits universels de la marche et du cyclisme, c'est positif.