Dans la tête d'un champion de trial : entretien avec Jack Carthy

sept. 11, 2019, 11:59

Avec trois titres de Champion du Monde UCI et trois victoires au classement général de la Coupe du Monde Trial UCI à son palmarès (en attendant la 4e qui se profile), le Britannique Jack Carthy est à seulement 23 ans un authentique phénomène du trial. Le tranquille jeune homme originaire du nord de l'Angleterre, spécialiste de la catégorie 26’’, nous a accordé un entretien avant la Cycle Expo Yorkshire. L'occasion de revenir sur ses débuts dans le trial, sa première expérience en Coupe du Monde UCI ou encore pourquoi la victoire n'est pas tout.

 

Comment avez-vous commencé le trial ?

Jack Carthy (J.C.) : « Quand j'avais huit ans, mes parents m'ont acheté un vélo lors d'un festival pour 40£ [environ 45 euros]. Je n'avais aucune idée de ce qu'était le trial, je ne savais même pas que c'était un vélo de trial. Tout simplement, j'aimais le fait qu'il soit différent des vélos normaux parce qu'il n'avait pas de selle.

Au début, j'ai simplement fait des tours dans la rue comme avec un vélo normal, mais au bout d'un moment, j'ai commencé à faire du trial par moi-même en quelque sorte. Mes parents ont fini par m'acheter un meilleur vélo dans un magasin de cycles du coin, et j'ai rencontré le gars qui travaillait là, il était très impliqué dans le trial. Je me suis immédiatement retrouvé à traîner avec lui et à participer à de petites compétitions, puis aux Championnats de Grande-Bretagne, puis aux Championnats du Monde.

Wayne Mahomet et James Hyland sont deux coureurs qui m'ont vraiment aidé dans le trial. »

 

Quelle a été votre première expérience en Coupe du Monde UCI ?

J.C. : « En 2011, mes parents m'ont amené sur une manche de Coupe du Monde pour mon 14e anniversaire. Quand on est arrivés, mes parents ont demandé : 'Il peut participer ?' ; mais j'étais trop jeune. A un moment où il n'y avait personne, on est descendus et on a parcouru les sections à pied. On pensait qu'en arrivant on serait impressionnés par la difficulté, mais mon père a dit : 'Tu peux faire ça.' Alors, après la compétition, j'ai pris mon vélo et j'ai franchi toutes les sections. L'année suivante, j'ai participé. J'étais une boule de nerfs, mais j'ai réussi à prendre la troisième place, et c'est comme ça qu'on m'a remarqué. »

 

Vos parents continuent-ils à vous accompagner ?

J.C. : « Mon père est présent pour chaque session d'entraînement. Il est peu comme mon équipier et il a été avec moi depuis le premier jour. Il a quitté son travail pour me soutenir, et maintenant il travaille avec moi. C'est génial d'être soutenu comme ça dans votre famille. La famille, c'est énorme. Mes parents ont payé pour tout quand j'ai commencé. Je n'avais pas de sponsors, et sans leur soutien, je ne serais pas là où je suis aujourd'hui. »

 

 

A quoi ressemble votre semaine d'entraînement typique ?

J.C. : « Je m'entraînement tout le temps, littéralement. Ma vie tourne autour de l'entraînement. Ce n'est pas que j'organise tout pour ça, je peux me lever à quatre heures du matin et aller courir, ou quoi que ce soit qui me vient à l'esprit. Je fais un peu de muscu, mais surtout, je roule.

Je me donne toujours à 100 %, sinon, je me décevrais moi-même. Je pense que c'est pour ça que je progresse année après année. Mon état d'esprit, c'est que je ne suis jamais au maximum de ce que je peux faire. Quand vous commencez à penser que vous êtes au sommet, vous ne pouvez que redescendre. »

 

Vous avez dominé la Coupe du Monde UCI avec Nicolas Vallée en 2018 et c'est encore le cas cette année. Ressentez-vous une rivalité particulière entre vous deux ?

J.C. : « La première manche était très serrée cette année, mais j'ai gagné pour à peu près 40 points dans la deuxième. En ce moment, ça se joue vraiment entre nous deux, on est clairement les deux meilleurs.

Pour le moment, je pense que les choses sont un peu prévisibles, parce lorsque je suis en compétition avec lui, il semble toujours faire la même erreur, mais, oui, ça se joue toujours entre lui et moi. Désormais, ça se joue sur un tour, donc si je fais une erreur ou si j'ai une crevaison ou un problème, il gagne. »

 

Parmi tout ce que vous avez accompli, y a-t-il quelque chose dont vous êtes particulièrement fier ?

J.C. : « Je pense que remporter mon premier titre mondial UCI est ce qui m'a rendu le plus fier. Mais c'est vraiment bizarre, je ne me sens pas vraiment fier de moi-même, simplement satisfait de ce que j'ai réalisé. Je veux continuer à avancer, j'ai encore beaucoup d'envie. Peut-être que je serai fier quand j'aurai arrêté et que je serai content de ce que j'ai fait. »

 

 

Pourquoi n'avez-vous pas disputé la dernière manche de la Coupe du Monde UCI l'an dernier ?

J.C. : « J'ai choisi de participer plutôt à une exposition sur le cyclisme dans le Yorkshire [Angleterre] parce que je veux promouvoir le sport*. C'est bien de gagner, mais il faut qu'on amène le sport à autant de monde que possible. Si moi, Nicolas [Vallée], Vincent [Hermance] et les autres pensons simplement que la victoire importe plus que tout le reste, notre discipline ne va pas grandir, on se partagera simplement plus de titres mondiaux.

Nous devons nous ouvrir au public pour que lorsque les spectateurs rentrent à la maison, ils aillent peut-être regarder des vidéos, avant de sortir et faire du trial eux-mêmes. »

 

Allez-vous suivre une préparation particulière pour la troisième manche de la Coupe du Monde UCI ?

J.C. : « J'irai en France plus tôt pour m'entraîner et m'essayer à un autre type de terrain. Le Championnat d'Europe se tient la semaine avant la Coupe du Monde UCI, donc je serai là pendant deux semaines pour participer à deux événements différents, ça devrait être vraiment bien. Je suis en tête de la Coupe du Monde, donc tant que je finis plus ou moins dans le top 3, j'aurai la victoire au général. »

 

A quoi ressemble votre vie en dehors du trial ?

J.C. : « Ma vie se concentre vraiment sur le vélo et la famille. Je m'entraîne, je rentre auprès de ma compagne Charlotte et de mon fils Miles. C'est ça, une vie simple, c'est ce qui me plaît. »

 

La dernière manche de la Coupe du Monde Trial UCI  2019 se tiendra dans la station de sports de montagne d’Il Ciocco, en Italie, du 11 au 13 octobre prochain.

* Dans ce cadre, Jack Carthy participera le 27 septembre à une démonstration de trial lors du Congrès de l'UCI qui réunit chaque année ses Fédérations Nationales membres –, en marge des Championnats du Monde Route UCI du Yorkshire (Grande-Bretagne).